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2009

La statuette d’Icare à Vallon

Les fouilles entreprises dans les jardins de l’établissement antique de Vallon ont livré, en 2009, une statuette en bronze d’un personnage ailé. La présence de bandelettes liant les ailes aux bras du personnage montre qu’il ne s’agit pas d’une divinité type Amor ou Genius, mais bien d’un humain aux ailes artificielles. La mythologie antique n’en connaît que deux: Dédale et son fils, Icare.

L’iconographie du mythe de Dédale et Icare, si elle a connu un grand succès dans l’art européen jusqu’au XXe siècle, est assez maigre dans l’Antiquité. Si les supports utilisés sont variés (céramique, figures en pierre et en bronze, camées, etc.), les motifs représentés sont assez stéréotypés et peu variés. Les artistes grecs favorisent le personnage de Dédale, considéré dans l’Antiquité comme l’archétype de l’artisan génial. Architecte du Labyrinthe dans lequel était enfermé le minotaure, c’est lui qui inventa le procédé qui lui permit de fuir par la voie des airs avec son fils lorsqu'ils y furent enfermés à leur tour. Icare, le «mauvais pilote», qui mourut pour avoir volé trop près du soleil, est représenté surtout dès l’époque romaine. Certaines représentations possèdent une dimension moralisante – l’imprudence d’Icare et l’impiété à l’égard de son père – alors que d’autres sont liées au domaine funéraire, qu’il s’agisse de reliefs sur des sarcophages ou, dans les provinces danubiennes de l’Empire, de statuettes couronnant des monuments funéraires.

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L’Icare de Vallon occupe une place à part dans l’iconographie. La rareté des figurines en bronze où Icare est représenté seul ne permet pas de déterminer avec certitude la fonction de l’objet. Notre statuette présente cependant un appendice au milieu du dos, qui suggère que la statuette devait être fixée à l’arrière, peut-être sur un meuble (candélabre ? trépied ?). Celui-ci aurait pu se trouver de préférence non dans les jardins, mais dans l’un des trois édifices connus.
Peut-être les propriétaires du lieu, jouant sur les correspondances mythologiques, ont-ils installé le meuble orné de l’applique d’Icare dans la salle de la mosaïque de Bacchus et d’Ariane. Dans la légende, Ariane se trouve indirectement liée à Icare par le biais du père de celui-ci, Dédale, architecte du labyrinthe dans lequel était enfermé le minotaure, monstre mi-homme, mi-taureau. Où trouver l’évocation de Dédale à Vallon ? Peut-être dans les jardins: des fossés en méandres, dégagés en 2006, pourraient matérialiser la présence de haies formant comme un labyrinthe végétalisé.

(texte : J. Monnier)

Pour plus d'infos, voir l'article de Jacques Monnier, "Vallon à tire-d'aile: une statuette d'Icare dans les jardins antiques", Cahiers d'Archéologie Fribourgeoise 12, 2010 : En vente au Service archéologique de l'Etat de Fribourg

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2008

Découverte d'une petite statuette de Vénus

Lors d'une fouille réalisée durant l’hiver 2008/2009, les fouilleurs du Service archéologique de l’Etat de Fribourg (SAEF) ont eu la surprise de découvrir, dans la couche de démolition antique étalée dans les jardins, une statuette en plomb, dont il manque malheureusement la tête. Haute de 13,7 cm, elle pèse 558 g.
Même incomplète, la figure féminine peut être identifiée comme une « Vénus pudique », un type connu dans la statuaire gréco-romaine depuis l’époque hellénistique.
La Venus pudica porte parfois un léger manteau, mais elle est également représentée dénudée, comme ici. La déesse se tient debout, sur un petit piédestal haut de 2 cm, muni de deux éléments saillants dans la partie supérieure. Prenant appui sur la jambe droite, avec un léger déhanché de la gauche, elle relève le bras droit devant sa poitrine et, de la main gauche, tire une pièce de vêtement pour se couvrir le ventre.

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venus2 Du point de vue technique, la pièce a été obtenue par moulage. Seule la partie avant a été réalisée en relief. Deux reprises de coulées à l’arrière révèlent une qualité d’exécution moyenne, le plomb en fusion ayant en partie débordé, de sorte que l’épaisseur de la statuette oscille entre 1,5 et 1,8 cm, alors que dans la partie supérieure elle ne dépasse pas 0,5 cm. Ces quelques imperfections n’ont pas interdit des travaux de finition sur la pièce, en particulier dans la partie inférieure (ébarbures limées sur les côtés).
On doit vraisemblablement voir cette pièce comme une production issue d’un atelier régional, voire local ; à l’heure actuelle, les indices d’une production au sein même de l’établissement de Vallon font encore défaut.

Les effigies apparaissent aussi bien en offrande dans les sépultures ou comme ex-voto dans les sanctuaires. Dans les sites d’habitat, elles sont souvent à mettre en relation avec un laraire ; il est possible que cette Vénus ait appartenu à un tel sanctuaire domestique. Nous ignorons si elle faisait partie du laraire retrouvé dans la salle à la mosaïque de Bacchus et d’Ariane, constitué de statuettes en bronze, ou si elle se trouvait dans un autre secteur du bâtiment. La statuette devait être insérée dans un petit édicule, qui n’a pas été conservé.

 

Musée Romain de Vallon