Exposition temporaire 2009 : Villa Jovis

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La résidence de Tibère à Capri
du 14 février au 1er novembre 2009
expo_jovis_prolongationCette exposition temporaire du Musée Romain de Vallon, à cheval entre architecture antique et archéologie, était consacrée à l’un des plus importants palais d’époque romaine.

Villa Jovis, la résidence impériale de Tibère à Capri, est représentée à Vallon par deux maquettes, l’une montrant l’état de conservation actuel des ruines, l’autre la reconstitution de l’édifice principal. L’exposition se décline en plusieurs panneaux d’explications et en de nombreuses illustrations; elle s’accompagne de divers objets, parmi lesquels deux bustes des empereurs Auguste et Tibère, des tableaux et des photos de Capri. Dans la salle du fond, un film d’animation 3D conduit le visiteur à travers les pièces principales du palais.
Créée il y a sept ans à la Skulpturhalle de Bâle, avec le titre « Villa Jovis. Die Residenz des Tiberius auf Capri », l’exposition a été présentée à Heidelberg et à Trèves, avant d’être proposée à Vallon ― pour la première fois en français également.

Son auteur, Clemens Krause ― ancien Professeur d’Archéologie à l’Université de Fribourg et ancien Directeur de l’Institut suisse de Rome ― a choisi de parler tout d’abord de l’histoire et de l’importance de cette vaste demeure, mentionnée par les auteurs antiques (notamment Tacite et Suétone, pour ne citer que les plus loquaces). Il nous explique que l’île de Capri, dans le golfe de Naples, avait déjà captivé l’empereur Auguste, avant d’accueillir Tibère pendant les dix dernières années de sa vie. Cette île rocheuse, aux falaises abruptes, dépourvue d’eau et surtout de port naturel l’avait attiré, aux dires de ses biographes, justement parce qu’elle lui offrait solitude et sécurité.

Mais Tibère est empereur et il se doit de gouverner, même à distance.
Si le chef d’Etat a besoin d’un cabinet de travail pour lui et pour ses fonctionnaires, l’homme ne peut se passer d’une habitation et d’espaces qui lui soient propres. Tibère les réunira sous un seul et même toit, confiant le projet et la réalisation à son architecte vraisemblablement d’origine grecque.

Le résultat est un bâtiment de huit étages, de plus de quarante mètres de hauteur, mesurant 7’000 mètres carrés de surface.
Mais l’étude menée par Clemens Krause nous en dit beaucoup plus. Tout en se penchant sur les recherches de ses prédécesseurs, dont les premières notes remontent au XVIe siècle, il s’est attelé à l’analyse des structures encore visibles, examinant les volumes architecturaux, les maçonneries et les matériaux de construction.
Même si l’état de conservation exceptionnel de la bâtisse a favorisé l’analyse de chaque partie, la compréhension de l’édifice dans son ensemble est déterminée par l’interprétation de l’étage principal. A ce niveau, la résidence impériale se compose de quatre ailes disposées autour d’une grande cour centrale qui recouvre une vaste citerne, destinée à recueillir l’eau de pluie. La répartition des espaces est rigoureusement organisée: au nord les logements privés de l’empereur, avec salle à manger et bibliothèques, à l’est les salles de réception officielles, avec vue panoramique, à l’ouest une promenade, au sud la rampe d’accès principale et un large corridor, ainsi que, à l’extérieur, des locaux administratifs.
L’étage en dessous semble proposer la même distribution avec zone d’habitat privé richement orné et locaux pour l’administration, l’hébergement du personnel et des hôtes, les bains, l’entreposage.
Le complexe résidentiel est immense, à la hauteur du rang de son propriétaire et répond pleinement aux exigences requises: il est même doté d’une installation pour les télécommunications (dans le sens littéral du mot: communications à distance avec la Capitale, grâce à des signaux lumineux) et d’un phare tout aussi imposant que celui d’Alexandrie, dont il reproduit le modèle.
L’étude va au-delà de l’analyse des bâtiments: si d’un point de vue typologique la Villa Jovis s’inspire des palais gréco-hellénistiques, le choix de son emplacement au sommet d’une falaise presque inaccessible et le caractère particulier de cette résidence en font un exemple d’architecture tout à fait unique.

Titre original: « Villa Jovis. Die Residenz des Tiberius auf Capri »
Texte: Clemens Krause
Adaptation et traduction: Musée Romain de Vallon et Service archéologique de l’Etat de Fribourg
Maquettes: Clemens Krause (projet), Niklaus Deschler (réalisation), Antikenmuseum Bâle
Bustes: Skulpturhalle, Bâle
Monnaies: Service archéologique de l’Etat de Fribourg
Tableaux et photos: Hans Peter Barandun, Zurich
Livres: Hans Peter Barandun, Zurich; Clemens Krause, Fribourg
Vidéo: « Tiberio a Capri. Una notte a Villa Jovis », Capwear ― Gaetano Capasso, Ottaviano (Napoli)